Serge Wellens

LA CONCORDANCE DES TEMPS

 

Santé des ruines 1972

 
LE FEU SE DECLARE
Frisson de plume
éclat d'écaille

qui les verrait ne verrait
qu'un petit animal craintif

une eau sèche à peine tiède
une couleuvre poussiéreuse

Elle glisse entre les doigts
elle cherche l'assurance
sous les muqueuses du bois mort

Pour la fourmi ce n'est encore
qu'une langue de tamanoir
mais bientôt à courir ce lièvre
cet écureuil ce renard
le vent s'affole et prend fièvre

Devant l'église on parle
d'un mégot mal éteint
d'un vin de colère mûrissant
au flanc d'un flacon blessé

Puis

une fille se souvient
de l'idiot d'un village proche
qui ce matin jetait
à travers les lavandes
son cri comme une torche

son cri d'ange proscrit.
 
L'ERMITE
Gavé de baies chétives et d'averses
il connaissait le goût de Dieu
il mourut en odeur de menthe
persuadé de n'avoir jamais
cédé au doux sifflement de l'orgueil

Et le serpent ne lui survécut pas.
 Serge Wellens ,
La concordance des temps, poèmes 1952-1992,
édition Folle Avoine, 1997