Je te sais sur le bout des doigts
je pourrais réciter ton corps
par vive mémoire des effleurements
sur tant de douceurs visibles
ou secrètes
Mais pourrai-je jamais connaître
à fleur d'esprit et de propos
la surface et les cryptes
de tes pensées
que je caresse
autant que ta peau ?
Quand les nuages
par vagues de vent
cachent le soleil
puis le dévoilent
la lumière bondit entre eux
reconqiert le bleu dénudé
possède l'avenir du ciel
N'avancent les clartés
que dans les soubresauts
de l'ombre
Je ne traquerai pas
je ne piégerai pas
tes yeux de biche
dans la forêt
de tes secrets
Silencieux, mains nues
cœur sans cuirasse
j'espèrerai
ton regard libre et clair
qui chercherait le mien
à travers les futaies
obscures
où les chasseurs te guettent
Robert Mallet, Cette plume qui tournoie, Gallimard nrf, 1988.