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خيام épelé de droite à gauche: [miim alif yaa khaa] خ ي ا م : Khayyam, du persan خيام [ḫayām] (en arabe : خَيَّميّ [ḫayyamī] ) : fabricant de tentes (métier du père de Khayyam).
Omar Khayam fut un des plus grands mathématiciens et astronomes de son temps, ainsi qu'un philosophe se situant dans la lignée d'Ibn Sina (Avicenne). Khayam était également un poète : ses Rubâiyât (quatrains) se sont transmis de génération en génération, et ont même servis de motif de décoration à des objets domestiques. Il vécut pour partie à Bagdad. Sa liberté de penser, comparée à certaines fractions intolérantes de l'Islam, est proprement stupéfiante.
Après des études dans sa ville natale, Khayyam passe de nombreuses années à Samarcande sous la protection de Abou Tahir, qui est alors administrateur de la ville. Il y écrit notamment un important traité d'algèbre. A l'invitation de Malik Shah, troisième sultan de la dynastie des Seldjoukes, et de son vizir Nissan El Molk, il se rend à Ispahan, qui est alors la capitale du royaume. Il y fait construire un gigantesque observatoire, à partir duquel il mesure la longueur d'une année. Cette mesure était cruciale pour déterminer le calendrier exact des fêtes religieuses. Après 6 années de travail Khayyam trouve qu'une année fait '365,24219858156' jours, qui est une mesure d'une incroyable précision (jusqu'à la 11e décimale) !
On sait désormais que la longueur d'une année change au niveau de la sixième décimale durant une vie humaine, et à titre de comparaison, la longueur d'une année à la fin du XIXè était 365,242190 jours. A la suite de cette mesure, une réforme du calendrier fut adoptée dans le royaume seldjouke, comme ce fut le cas cinq siècles plus tard en Europe à l'instigation du pape Grégoire.
La traduction de Abolgassem Etessam Zadeh, de très loin la meilleure à mon avis a été publiée la première fois en 1933 à Téhéran.
Elle est actuellement distribuée en version bilingue par l'association AFTAB : "Quatrains, Association AFTAB, 13170 Les Pennes Mirabeau - 1987.
Pour certains quatrains dont je trouve le sens particulièrement intéressant, je donnerai, côte à côte, différentes traductions ainsi qu'une version imagée et/ou éditable du texte farsi (persan ancien) dans lequel ont été écrits les "Rubaiyat" (quatrains) alors que toute l'oeuvre mathématique d'Omar Khayyam a été écrite en arabe.
Abolfath Omar ibn Ibrahim Khayyâm naquit vers 439 de l’Hégire (1050) dans un village près de Neyshâbour qui était à cette époque-là l’un des derniers refuges des zoroastriens qui vivaient encore en Perse.
En effet, le feu du grand temple Barzin-Mehr brûlait à Neyshâbour depuis la période préislamique. Par ailleurs, Neyshâbour était l’une des cités importantes du Grand Khorâssân, fréquentée souvent par les voyageurs de la route de la Soie et habitée par de grands savants et penseurs.
Le père d’Omar, Ibrâhim, découvrit très vite les talents de son fils, bien qu’il fut lui-même un fabriquant de tente analphabète. Il fit cependant tout pour que son fils fasse de brillantes études dans les meilleures écoles de Neyshâbour. Omar Khayyâm devint ainsi mathématicien, astronome et philosophe persan, ainsi que l’auteur de l’une des œuvres poétiques les plus célèbres au monde, les Robâiyât (Quatrains).
La personnalité de Khayyâm nous semble ambiguë : sa carrière scientifique prestigieuse en tant qu’astronome de la cour du sultan seldjoukide Jalâl al-Din Malik Shâh témoigne du conformisme d’un savant qui s’adapte aux idées et aux usages de son milieu, mais les pensées philosophiques qu’il exprimait dans ces petits quatrains font paraître une vision du monde originale.
Le poète et traducteur anglais Edward Fitzgerald fit la première traduction de l’œuvre poétique de Khayyâm en Europe, en 1859 (il en fit 5 versions en tout). La traduction de Fitzgerald fut d’une importance majeure, car elle joua un rôle déterminant dans la présentation de ce que l’on appelait « la sagesse orientale » au XVIIIe et au XIXe siècle. Le Khayyâm de Fitzgerald devint vite une figure de proue de cet Orient complexe pour l’Europe humaniste et matérialiste du XIXe siècle, à l’apogée du triomphe de la raison et après les longs combats intellectuels depuis la Renaissance.
A l’époque où Fitzgerald traduisait les Robâiyât, l’ambassadeur de sa majesté la reine Victoria annonça à la cour des Qâdjârs que son pays souhaitait développer ses relations et ses échanges culturels avec la Perse. Personne ne pouvait imaginer alors que quelques décennies plus tard, Khayyâm jouirait d'un grand renom en Europe et aux Etats-Unis comme maître à penser oriental, symbole universel d’une sorte d’épicurisme matérialiste ou athée ; bref, l’inverse de ce que l’Occident cherchait initialement dans l’image de l’Orient spirituel.
Critique traduction Fitzgerald ??
Les Robâiyât nourrirent le débat entre le sécularisme et le christianisme. Khayyâm devint ainsi un porte-parole des humanistes qui s’opposaient farouchement à la domination de l’Eglise pour éviter soigneusement que le sacré ne se mêle encore au profane. Pour les penseurs modernes de l’époque victorienne, Khayyâm fut un sage d’Orient ô combien humaniste ! Cependant, il faut noter que Khayyâm n’avait jamais exprimé de doute à propos de l’existence de Dieu, mais s’interrogeait, dans les Robâiyât, sur le but de la création, et critiquait les théories métaphysiques et les théologies dominantes de son époque :
Mille ans après, la pensée de Khayyâm reste actuelle et contemporaine en ce qu’elle semble exprimer le dilemme de l’homme moderne qui oscille entre la raison et la révélation, entre le rationalisme et le fidéisme. Au-delà de la vérité de la mort, Omar Khayyâm croit donc que la vérité absolue est Dieu. Mais lorsqu’il pose ses questions sur la base de la raison, il ne tolère plus les réponses conventionnelles de la religion. Quant à l’étude de l’existence et de la nature de Dieu, Omar Khayyâm évite courageusement le pari pascalien. Son choix est fait : sans s’opposer à l’idée de la vie dans l’au-delà, il est pour un marché « au comptant » (naghd), sans terme ni crédit (nesieh).
Quant à l’étude de l’existence et de la nature de Dieu, Omar Khayyâm évite courageusement le pari pascalien. Son choix est fait : sans s’opposer à l’idée de la vie dans l’au-delà, il est pour un marché « au comptant » (naghd), sans terme ni crédit (nesieh).
J'ai lancé contre une pierre un bol cette nuit ;
L'acte brutal, j'étais ivre quand je l'ai commis ;
Le bol m'a dit en langage de bol :
"J'ai été ce que tu es ! Tu seras, toi aussi, ce que je suis !"
Traduction Armand Robin
Hier soir, j'ai brisé une cruche de faïence sur une pierre
J'étais ivre quand je me suis livré à cette voie de fait.
La cruche semblait me dire dans son propre langage :
"J'étais comme toi; tout ce que je veux, c'est que tu sois réduit à mon état !"
Traduction Hassan Rezvanian
Tous les plaisirs, les avoir voulus... et puis ?
Tous les livres, les avoir lus... et puis ?
Khayam, tu vas vivre, admettons, cent ans.
Mettons, si tu veux, cent ans de plus... et puis ?
Traduction Armand Robin
Suppose avoir vécu à ton gré, en ce monde. Eh bien, après ?
Suppose achevée la lecture du livre de la vie. Eh bien, après ?
Suppose avoir comblé tes désirs pendant cent ans,
Suppose que tu vives cent ans encore. Eh bien, après ?
Traduction Hassan Rezvanian
Ceux qui furent puits de science,
profonds esprits sans pareils,
Flambeaux de la connaissance
et de leur temps la merveille,
Ils ont erré comme nous
égarés dans la nuit sombre ;
Ils n’ont que tissé des contes,
avant l’éternel sommeil.
Traduction Gilbert Lazard - Sad-o-Yek Robâ’i p 78-79, Téhéran, Hermès
Je suis rebelle ; où donc est ton autorité ?
J'ai la nuit dans le cœur ; où donc est ta clarté ?
Si tu donnes l'Eden pour notre obéissance,
Ce n'est là qu'un salaire, où donc est ta bonté ?
Traduction M.E.Zadeh - quatrain 46
Je ne sais pas si mon âme
par Celui qui m’a pétri
Est abandonnée aux flammes
ou promise au paradis.
Un verre, une belle, un luth
dans quelque jardin : à moi
Ces trois au comptant, à toi
le paradis à crédit !
Traduction Gilbert Lazard - Sad-o-Yek Robâ’i p 86-87
Les Houris sont dans l'Islam des beautés célestes aux jardins du paradis, qui sont la récompense des hommes saints.
Elles ne sont mentionnées que quatre fois dans le Coran, notamment dans la sourate '56' (56:22) dite de l'évènement (Al Waqi'a). La sourate 56, composée de 96 versets, tire son nom du mot Al-Waqia (l’Événement) présent dans le premier verset: « Quand l’Événement (le Jugement) surgira... » et parle essentiellement du jugement dernier.
D'autres textes hors Coran, notamment liés au jihad, parlent plus abondamment des Houris.
On nous promet un paradis et des houris aux yeux de jais ;
on nous promet le vin et l’hydromel.
Si nous avons choisi ici-bas le vin et les bien-aimées,
nous avons raison, puisque telle est la fin qui nous est promise là-haut.
Traduction Claude Anet & Mirza Muhammad - quatrain 29
Ils assurent que nous vivrons avec des houris aux jardins du paradis.
Moi je dis qu’il est bon d’avoir du vin près de soi.
Prends ce qui est au comptant, fais fi de ce qui est à crédit,
car le son du tambour n’est agréable que de loin.
Traduction Claude Anet & Mirza Muhammad - quatrain 43
Vous aurez, nous dit-on, des houris dans le Ciel
Avec du vin limpide, et du lait et du miel.
Donc, l’amour et le vin nous sont permis sur Terre ;
Puisque même là-haut, ils sont l’essentiel.
Traduction M.E.Zadeh - quatrain 95
Hier, au bazar, j’ai vu un potier
qui foulait sous ses pieds l’argile.
Et celle-ci lui disait dans son langage :
« J’ai été comme toi. Ménage-moi. »
Traduction Claude Anet & Mirza Muhammad -quatrain 34
Tout bas, l’argile disait au potier qui la pétrissait: « Considère que j’ai été comme toi... Ne me brutalise pas ! »
Traduction Toussaint - quatrain XLV
Hier, au marché, je vis un potier ;
L'argile, avec ses pieds, il la frappait, frappait;
Elle en son murmure d'argile disait :
« J'ai été ce que tu es ! Sois pour moi tout doux ! »
Traduction Armand Robin
Dis-moi, Seigneur, qui donc ne t'a fait point d'offense ?
D'un homme sans péchés quelle est donc l'existence ?
Je fais le mal, et toi me punis par le mal :
Alors, entre nous deux quelle est la différence ?
Traduction M.E.Zadeh - quatrain 110
Qui, en ce monde, n'a jamais péché ? - Dis-moi!
Et est-ce vivre que ne pas pécher ? - Dis-moi!
Je fais le mal et récolte Ta malveillance :
quelle est la différence entre nous deux ? - Dis-moi!
Traduction Vincent-Mansour Monteil - quatrain 155