Paru en anglais sous le titre "Scattered Poems" en 1971. Traduit de l'américain par Philippe Mikriammos sous le titre "Poèmes", Seghers 1976, coll. autour du monde.
Jack Kerouac (1922-1969), par ses romans (Sur la route, Les Clochards célestes, Les Anges vagabonds) comme par ses poèmes (Mexico City Blues) a été immédiatement reconnu par toute une génération en quête d'identité.
Kerouac écrit une poésie libre ou le son a une place importante, chez lui «les oiseaux virzouillent». Le chant tend parfois à la sonorité pure comme dans «La yentence pic bec fente grouillemic nasille» (210e,215e chorus de Mexico city blues ?). Il est très connu pour son livre "Sur la route". La présentation qu'il donne lui-même de son courant poétique est très intéressante :
La nouvelle poésie américaine telle que
la représente la Renaissance de San Francisco
(ce qui veut dire Ginsberg, moi, Rexroth,
Ferlinghetti, McClure, Corso, Gary Snyder,
Philip Lamantia, Philip Whalen, je pense) est
une espèce de vieille-nouvelle poésie de Démence zen,
on écrit tout ce qui vous vient, la poésie
retourne à son origine, à l'enfant barde,
véritablement ORALE comme a dit Ferling,
au lieu des
ergoteries des grises mines académiques.
Prose & poésie étaient depuis longtemps tombées
entre les mains fausses des faussaires.
Ces nouveaux
purs poètes confessent pour la seule joie
de la confession. Ce sont des ENFANTS. Ce sont aussi
des Homères enfants à barbe grise. Ils CHANTENT, ils
SWINGUENT. Cela est diamétralement
opposé... au coup Eliot,... qui recommende si lugubrement
ses mornes règles négatives comme la corrélation
objective, etc. qui n'est qu'un tas de constipation
et en fin de compte d'émasculation de la pure impulsion
masculine de chanter librement. En dépit des règles sèches
qu'il a édictées sa poésie est en elle-même sublime....
Jack Kerouac
The origins of joy in poetry
piou
piou l'
oiseau larme l'
oiseau triste goutte coeur
l'aube a lancé
lui laf flèche draperie
on chochotte & fait estrose
calotte les hommes du solstice à fossette
crutent et puis les oiseaux font ttlip
et puis l'oiseau numéro deux trois quatre cinq
six sept et sept millions d'osiaux et pis
bens morts aboient et puis les oiseaux jacassent
& aboient swinguent Crac ! Hou là ! Molo ! les
oiseaux te font un de ces boucans dans le Passage
twip? tswip! crit! clinc! crac!
ding dong la cloche corde oiseau du point du jour
O.K. les oiseaux doucement
s'il-vous-plaît
tous les oiseaux
grives
oiseaux noirs et bleus
rouges-gorges & toutes
les soeurs, ----
mes petits parents
ont le matin
par les boules d'or
Et là-bas le sultan a oublié
Le jazz s'est tué
Mais il faut empêcher que la poésie se tue
N'ayez pas peur
de l'air froid de la nuit
N'écoutez pas les institutions
quand vous renvoyez des manuscrits aux
édifices du savoir
ne faites pas de courbettes et ne vous bagarrez pas
pour des pionniers à la Edith Wharton
ou de la prose de la grande oursoule nebraska
restez donc dans votre coeur à vous
& riez jouez du joli
trombone gâteau
& si quelqu'un vous donne des perles
grigri, juif, ou kif-kif,
dormez avec autour du cou
Vos rêves iront peut-être mieux
Y'a pas de pluie
y'a pas de moi,
Que j'te dis mon pote
aussi vrai que la merde.
Coup de pied raté sur la porte du frigo Quand même fermé Poisson-chat lutte pour vivre, et gagne, Tout le monde est éclaboussé. La chaise d'été se balance seule Dans la tempête de neige
J'ai
clairement
vu
le squelette par-dessous
tout
cet
étalage
de personnalité
que
reste
-t-il
d'un homme et de tout son orgueil
sinon des os ?
et tous ses snacks perdus les nuits...
et les baignoires d'alcool
qu'il se passe dans le gosier
...des os - Il broie du noir
dans sa tombe,
physionomie faciale
transformée par les vers
*
*
*
*
de lui
on n'entend
plus parler
*
*
*
*
La vie est malade
Les chiens toussent
Les abeilles naviguent
Les oiseaux ont la quinte
Les arbres scient
Les bois pleurent
Les hommes meurent
Les tiques y mettent du leur
Les livres sont menteurs
Les fourmis volent en l'air
Au revoir
Cueille ma pâquerette Chavire-moi la tasse Taille moi dans le sentiment pour des noisettes Jack qui Ande Force-moi les stores Satine-moi la plate-bande Rosis-moi les jours Os-moi l'ombre Roucoule-moi le rêve Trais moi l'esprit & Tire-moi la crème Fais tressaillir mon coeur Harpe ma hauteur Hanche mon ange Truande ma lumière Guéris la goutte de pluie Ensemence l'oeil Malheur le ver Travaille le sage Monte pas un bateau Où est le sillon Quelle est la boîte Comment c'est les péquenots Dévalise mon vestiaire Lèche moi les cailloux Bride mes vides Gamine les regards Pute ma porte Butte ma bière Affole mes cheveux Dénude mon malheureux Dis mon hoquète Eclose ma coquille Roule-moi les os Tire-moi la sonnette Pape-moi les parties Pète-moi la petite bête Palpe moi le pis Pique-moi le pruneau
Jack Kerouac,