Hwang Jini

Hwang Jini 황진이 (1506-1560), qui se faisait appeler plus communément Myeongwol 명월, (« lune éclatante »), est l’une des plus célèbres kisaengs de la période Joseon. Par sa forte influence sur la poésie, de par son charme et de son esprit, elle est devenue un exemple dans le monde de la littérature coréenne.

Née d’une union illégitime entre une scribe et le fils d’un politicien important, sa naissance ne lui octroie pas une haute place dans la hiérarchie coréenne de l’époque. Cependant, elle hérite d’un titre de noblesse de par son père, lui permettant de recevoir une bonne éducation, tournée vers la littérature et la poésie, et ainsi de développer un intérêt pour les arts, qu’elle mettra à profit tout au long de sa vie.

Hwang Jini est reconnue pour sa beauté légendaire, qui en charmera plus d’un. Mais les mœurs de l’époque ne lui permettent pas, de par sa naissance illégitime, de se marier selon son gré. La légende raconte qu’elle tomba amoureuse d’un noble important, mais en raison de son statut, leur mariage n’eut pas lieu. Le jeune homme mourut de douleur peu de temps après. [1]

Je veux envelopper cette sombre nuit d'hiver
     Avec la brise printanière
Et la dérouler la nuit où mon amant me revient.
                          Myeongwol 1506-1560
동지달 기나긴 밤을 한 허리를 버혀 내여
춘풍 이불 아래 서리서리 넣었다가
어론 님 오신 날 밤이여든 굽이굽이 펴리라

              by Hwang Jini
Je coupe en deux la longue nuit de novembre
Glisse une moitié sous la couverture printanière
Quand il viendra, je la déroulerai pouce après pouce, pour rendre la nuit plus longue.
산은 넷산이로되 물은 넷물 안이로다
주야에 흐르니 넷물이 이실손야
인걸도 물과 같도다 가고 안이 오느니라

황진이

Vieille montagne, vous êtes encore là,
Mais les flots qui vous traversent sont différents  :
Ils n’ont pas commencé à vieillir,
Ayant coulé chaque jour, chaque nuit.
Mon amant est d’une eau pure,
Venant vers moi, s’en allant.
내 언제 무신하여 님을 언제 소겼관디
월심삼경에 온 뜻이 전혀없니
춘풍에 지는 님소리야 낸들 어이 하리오

황진이

Quand ai-je rompu ta confiance ?
Quand ai-je manqué à mes promesses ?
Si sombre que la lune éclatante se noie dans l’obscurité, et tu ne bouges pas.
Le vent printanier fait trembler les feuilles mortes,
Et le son devient sourd.

Il faut dire un mot de l’histoire de l’écriture en Corée. Il se trouve que la Corée comme un peu plus tard le Japon et le Vietnam, en découvrant la culture chinoise, a également adopté l’écriture chinoise. Ils n’en connaissaient pas d’autre.Ce qui s’est passé en Corée est assez particulier : un Roi, le Roi Sejong, intelligent et soucieux du bien de son peuple, a inventé dès le milieu du XVème siècle, un système d’écriture alphabétique.

Mais les élites ont tout de suite fait bloc : ils n’en ont pas voulu. Ils n’avaient pas investi autant d’années pour s’approprier le système chinois pour y renoncer et laisser le bas peuple leur enlever leurs privilèges. Mais ils ne pouvaient empêcher le système d’exister et les femmes de s’en emparer. On a beaucoup glosé sur ce privilège dont auraient pu se prévaloir les femmes et sur leur rôle dans l’apport à la littérature et à la poésie coréenne. Mais il faut rétablir, hélas, certaines vérités.

D’abord peu de femmes de l’aristocratie ont pu obtenir l’indépendance d’écrire et, encore moins, de publier. Seules quelques femmes remarquables ont pu y arriver et celles-ci se sont rarement tournées vers la poésie. Elles sont surtout devenues les auteures remarquables de ce que l’on a appelé une littérature de palais (familles, histoire, etc.). Les femmes qui ont créé des sijos étaient les kisaengs. Voici les chiffres que donne Kichung Kim dans son Histoire de la Littérature : sur 4000 poèmes sijos classiques qui ont survécu, seuls 92 peuvent être attribués avec certitude à des femmes et, parmi ceux-ci seuls 59 peuvent l’être à des femmes connues. Et parmi ces 59, seuls six sont des femmes de l’aristocratie, les yangbans. Tous les autres sijos sont des sijos de kisaengs.[2][3]

춘산(春山)에 눈 녹인 바람 건듯 불고 간듸업네
저근듯 비러다가 뿌리과저 머리우희
귀밋헤 해묵은 서리를 불녀볼까 하노라

              by U T'ak (1262-1342)
The spring breeze melted snow on the hills, then quickly disappeared.
I wish I could borrow it briefly to blow over my hair
and melt away the aging frost forming now about my ears.

              by Larry Gross
청산리 벽계수야 수이감을 자랑마라
일도 창해하면 다시오기 어려오니
명월이 만강산하니 쉬여간들 엇더리

              by Hwang Chin-I (1506-1544)
Jade Green Stream, Don’t boast so proud
     of your easy passing through these blue hills
Once you have reached the broad sea,
     to return again will be hard,
While the Bright Moon fills these empty hills,
     why not pause? Then go on, if you will.
Hwang Jini,
[1]  Hwang Jini la beauté légendaire
[2]  le sijo coréen
[3]  Professor Mark Peterson - Sijo Lecture Series No.1 (Rhythm of sijo & classic masterpieces)