Jacques Higelin

Illicite, disque EMI

Splendide disque dédié à IZIA et inspiré par elle, « Ma tendre merveille qui a vu le jour dans la nuit du vingt quatre, neuf, quatre vingt dix ».

      
      
BALLADE POUR IZIA

 
LES AILES DU SILENCE
Je me souviens d'un plateau désert
de haute montagne
Où la froide majesté des pierres
me rendait heureux
vers les sommets drapés de lumière
s'envolait mon âme
et j'écoutais battre dans mes veines
le rythme éternel
des battements de mon coeur
sous le toit du ciel
dans les bras de l'innocente
divinité de l'euphorie
emportée
par les rafales du vent
sous les ailes géantes d'un oiseau
l'aéroplane de la liberté
d'où je m'élançcais du plus haut des cieux
dans les courants limpides de l'immensité
où les plongeurs dérivent
ivres de beauté
sous leurs blanches corolles ensoleillées
Là où la parole
reste sans écho
où les mots s'envolent
sur les ailes du silence

De ma vie, jamais je n'oublierai
Vos sourires fraternels
compagnons initiateurs d'envol
quand j'ai replié

mes ailes en touchant le
sol
 
ILLICITE
O combien j'aimerais l'après-midi
si toute la bande de ouistitis
qui s'agitent dans tous les sens
pour justifier du pedigree de leur incompétence
cessaient
leurs allées et venues
leurs corps-à-cris, leurs cohues
pour laisser mon âme indolente
dériver en ses grands palais
où
d'affriolantes courtisanes
prêtes à subir tous les outrages
et les excès de mes fantasmes
puissent enfin me livrer en paix
la quintessence de leurs orgasmes

Il n'y a que l'interdit qui m'excite
qui pique mon imagination
Je ne bande plus que pour l'illicite
l'au-delà de la fascination

Ta douceur captive
alimente la dérive
de mon esprit
comme tes poignets tendus
que mes doigts crucifient
ton corps
dressé contre le mur
écartelé à l'infini
s'offre et résiste à la torture
de mes caresses, de mes cris
le vice
amant de la vertu
esclave et maître du plaisir
livre à mon capricieux désir
la ferveur de ta chair
la prière éperdue de tes membres offerts
aux plus tendres supplices
dont mon ardeur complice honore
ta soumission

Il n'y a que l'interdit qui m'excite
qui pique mon imagination
Je ne bande plus que pour l'illicite
l'au-delà de la fascination

Des lourds joyaux de tes prunelles
pareils à de charbons ardents
jaillit un faisceau d'étincelles
qui met le feu à mon tourment
Bas et chaussures, dessous, parures et ornements
sur le tapis d'extrême-orient
tombent, pêle mêle
le vice
amant de la vertu
esclave et maître du plaisir
livre à mon capricieux désir
la ferveur de ta chair
la prière éperdue de tes membres offerts
aux plus tendres supplices
dont mon ardeur complice honore
ta soumission

Volcans de soie, torrents de miel
velours froissé, châle émouvant
où je m'enlise, où je m'emmêle éperdument
me raccrochant à ses bras nus
les yeux au ciel, le feu au cul
Maman !

Il n'y a que l'interdit qui m'excite
qui pique mon imagination
Je ne bande plus que pour l'illicite
l'au-delà de la fascination
Jacques Higelin,
Illicite,
Disque EMI