Chaque jour je rends grâce à cet amour qui m'envahit, qui d'un même élan m'exile et me sauve ! Rien ne lui échappe ! aucun lieu, aucun être aucun sentiment ! Je garde la rage au corps, je vais sans doute l'âme à l'envers. Quand je ne pense pas à toi, je pense à toi quand je parle d'autre chose, je parle de toi quand je marche au hasard, j'avance vers toi. Je quitte les livres où tu n'entres pas Je jette les poèmes qui ne trouvent pas tes lèvres J'efface les tableaux qui n'attirent pas tes yeux J'éteins ma voix qui n'éveille pas ton coeur Je n'ai ni ton savoir, ni ton solfège. Je ne danse pas à l'aplomb des montagnes Mais je peux t'offrir tout ce qui ne s'apprend pas : ma tendresse et mon amour.
Il y a une chose que je n'oublie pas Une chose que j'ai quittée trop tôt, l'enfance. Et c'est elle que je cherche toujours. Je ne peux détacher mon regard de ses paysages Là où il y a eu miracle d'amour, il y a eu création. C'est pourquoi la poésie s'est mise à bouger dans le sens des aiguilles de ma vie. Où sont les clés de mon enfance ? Le dernier carré de ciel bleu ? Aujourd'hui plus que jamais au fond de ma mémoire Mes pensées voyageuses retiennent mon visage. Je reviendrais ! Vous forêts de mon enfance Petite maison dans les fougères Odeur des terres humides Vergers de framboises et myrtilles, Cèpes dans les bois Jardin de senteurs Où nichait notre bonheur Aujourd'hui plus que jamais Je porte à mon cœur La chaleur de mes quinze ans.
Ne m'accusez pas d'érotisme
Ni d'agoniser de tendresse
dans les bras de mes amants
Ni d'aimer toute chose au monde
sans recourir à plusieurs amours
Ni de croire que je me cache
dans mes vagues de féminité
Si je suis restée volontiers à l'écart
des rumeurs pourpres à mon égard
Si je n'ai d'autre lumière
que celle immense de mon coeur
Ne croyez pas surtout, ne croyez pas
que je sois isolée dans ma vie
je suis une femme heureuse et comblée
qui ne peut vivre sans caresse
Je n'ai pas vécu à l'arrière
Mais dans les moments avancés
de toutes mes joies et mes peines
« Aimer la vérité signifie supporter
le vide, et par suite accepter la mort.
La vérité est du côté de la mort. »
« Aimer purement, c'est consentir
à la distance, c'est adorer la distance
entre soi et ce qu'on aime.
Posséder, c'est souiller. »
Simone Weil, (La pesanteur et la grâce)
- Je suis loin de vous, je le supporte, je vous aime
purement, malgré mes souffrances.
- J'ai eu beaucoup de mal à m'y habituer, cette distance
me fait mourir lentement, ce silence parfois me
rend folle., c'est ce que je supporte
le moins, vos rires, vous entendre parler.,
bouger ; ce silence est plus dur à
supporter que la distance qui nous sépare.
Alizée Gerstenmaïer, 2004 Aquarelle: Stéphanie Moliner