Louis Brauquier est né à Marseille en 1900, mort en 1976 dans une maison où il a passé une partie de son enfance, dans le vieux village provençal de St-Mitre-Les-Remparts au bord de l'étang de Berre.
Agent des Messageries Maritimes. Peintre. Auteur d'une dizainaine de recueils. Il écrit une œuvre qui naît dans le Vieux-Port et navigue au-delà de Suez. Il est le poète du mouvement des navires et des ports. Sa famille est profondément liée aux affaires maritimes : Un oncle commissaire de la marine, deux grands-oncles fonctionnaires des postes à Alger et au Gabon, un arrière-grand-père fonctionnaire des douanes aux Antilles. L'Athos, qui dessert la ligne de l'Extrême-Orient, et où est embarqué Louis de la Poussardière, le frère de Louise, sa mère, est attendu impatiemment : em>Louis de la Poussardière, le commissaire de bord, n'oublie jamais de rapporter des cadeaux à son neveu. Il lui parle de Yokohama, de Shangaï. Louis Brauquier écrira :
« Dès que j'ai su marcher, on m'emmenait à chaque arrivée et à chaque départ de mon oncle, à la Joliette. Les navires étaient des paquebots d'un assez faible tonnage, construits pour la course, ils transportaient le courrier, ils étaient amarrés perpendiculairement au quai, le long des mahonnes qui oscillaient lourdement sous les pas. ... Jamais je n'ai oublié l'odeur des coursives où se mélangeaient celle de la peinture fraîche, celle, poivrée, qui venait des cales, et celle, opaque, de l'opium que fumaient dans leur poste, au-dessous de la ligne de flottaison, les boys chinois. [1] »
Dans son disque "La chanson d'escale", Gérard Pierron a mis en musique de manière remarquable certains des poèmes de Louis Brauquier. On trouvera ci-dessous un extrait de la chanson composée pour le poème Paroles à Robert Bastien, navigateur qui est particulièrement belle et poignante.

VERSE-MOI le poison vert
Comme la mer océane;
Nous parlerons des tartanes,
Puisque ton cœur est amer.
Pourquoi t'ai-je rencontré ?
Tu réveilles ma souffrance,
Un grand trois-mâts se balance,
Pourquoi donc m'as tu parlé
Du voilier Molière de Nantes ?
*
Il faisait, tu me l'as dit,
La côte de l'Atlantique
Et les Iles Britanniques
Jusqu'à Lisbonne ou Cardiff.
Il était peint tout de blanc,
Quoique Nantes soit très sale,
Et sur les cartes postales
On le gardait tendrement,
Tout le long de ses escales.
*
Un exil au moins étrange
A mélangé nos destins;
Le regret des jours marins
Nous fait l'âme triste ensemble.
L'hiver nous guette à la porte
Nous sépare de chez nous;
Dans le bassin de radoub
Est une carcasse morte.
Le vent gèle mes genoux.
*
J'ai mal au cœur d'être loin
Nous sommes seuls sur la terre;
Pourquoi la propriétaire
Fait-elle le feu sans soin ?
Bastien, parle-moi du temps
Chaleureux, où, vers d'autres îles,
Vous pressentiez à plusieurs milles
L'odeur douce de Ceylan.
Nous sommes toujours des enfants.
*
Et ce bouge de Péra
— Alcools, nostalgie, bataille —
Parle, il n'y a rien qui vaille
La souffrance que j'ai là.
Tu racontes sans savoir,
Tu ne penses qu'à toi-même,
Indifférence que j'aime,
Souvenirs rouges et noirs,
Parle-moi des mers Indiennes.
Louis Brauquier, [1] Je connais des îles lointaines (poésies complètes), La table ronde, Paris, 1994